dimanche 20 octobre 2019

Troisième jour - Les touristes du dimanche

Six heures du matin, les C sont debout, et n'ont aucun mérite vu qu'ils se sont couchés à 9 heures. Ils vont essayer de conserver ce rythme. Les achats de la veille sont mis à contribution, les petites C mangent des cookies, maman C boit du thé et des tartines de confiture, papa C de la root beer et du cheddar. On est Dimanche, il y aura du monde en ville, et on annonce de la pluie l'après midi. Il est décidé de partir tôt le matin, et d'essayer la ligne de métro qui passe au nord de leur logement.

Le dimanche matin vers huit heures, les rues sont vides, et le quartier pas très engageant. On arrive à une rue décrite par Maurice comme sympa pour les restaurants, elle ne fait pas très envie. Puis on arrive au métro. Le service du dimanche est minimal, et les C attendent un quart d'heure l'express de Manhattan.

Le programme du matin est la Highline, la promenade qui traverse Chelsea en hauteur sur une ancienne voie de chemin de fer. C'est touristique, vaguement artistique, et on profite d'une belle vue sur les rues en contrebas, et l'intérieur des appartements qui la dominent. Comme on est dimanche matin, on peut apercevoir quelques New Yorkais en slip, qui regardent les touristes.

La promenade est plantée d'oeuvres d'art conceptuelles, et de lieux ou prendre des selfies avec des gratte ciel en arrière plan. Vers la fin du parcours, on voit une oeuvre de Daniel Buren (of column fame), intitulée "les guirlandes", et qui se compose... de petites guirlandes de couleurs vive, façon guinguette, sur quelques dizaines de mètres, avec un haut parleur qui diffuse de la musique classique grand public. Le mot escroquerie vient à l'esprit de papa C, mais il le chasse vite. C'est de l'art, il ne faut pas juger, et ça n'a pas de prix. La promenade s'achève à Hudson Yards, le nouveau quartier cher de New York: de grandes tours en verre, apparemment très coûteuses. Ca ne fait pas rêver, mais manifestement il y a une demande.


Après la highline, les C se rendent au pier 83 réserver leurs billets pour le tour de Manhattan en bateau le lendemain, car la météo prévoit du beau temps. Ils passent aussi devant l'Intrepid, le porte avion musée amarré à côté. Il est décidé qu'on le visitera également demain.

Il est midi, les C ont faim, et la pluie annoncée pour cet après midi ne devrait plus tarder. Les C s'engouffrent dans un restaurant 5 napkins pas encore plein, où l'on sert des hamburgers. C'est très bon, nourrissant, un peu cher, et ça repose leurs pieds après la highline. ils ressortent, voient Times Square sous une petit pluie, puis prennent le métro pour le Musée d'Histoire Naturelle.

Les C ne brillent pas par leur originalité:  comme on est Dimanche, et qu'ils pleut, de nombreux locaux ont eu la même idée. Une longue queue s'allonge devant les caisses du musée, nos héros patientent... en entrent enfin. Il voient une partie des salles d'anthropologie, mais surtout la collection de paléontologie, très impressionnante.


Là encore, ils ne sont pas seuls. Ils découvrent une tradition locale consistant à emmener de tous petits enfants (dès qu'ils savent marcher) dans les musées. Ils n'y comprennent évidemment pas grand chose, mais ils se rattrapent en criant, sous les regards enamourés de leurs parents, qui sont obligés de parler très fort pour couvrir les hurlements de leur progéniture. Bref, si le musée est intéressant, l'expérience est assez pénible, et les C sont soulagés d'en ressortir deux heures plus tard.   

 Comme le musée jouxte Central Park, maman C veut profiter de l'occasion pour retourner dans les magasins où elle allait lors de leur précédent voyage, et notamment le Home Goods de Columbus Avenue. Elle y achète des serviettes, des petites cuillers et des tasses d'une contenance plus convenable que celles que propose leur logeur. Comme on est dans un quartier branché, beaucoup d'étiquettes sont en français, apparemment, ça fait haut de gamme. Parfois, ça fait sourire, aussi...




On retrouve la grande C, qui n'habite pas très loin. Comme il pleut toujours, il est décidé d'aller prendre un café. Une fois de plus, d'autres y ont pensé avant, et les C se retrouvent au supermarché bio du coin, qui met à disposition quelques tables pour manger les plats cuisinés qu'il commercialise. Les C devisent au milieu des livreurs à vélo que la pluie a également chassé là.

La journée a été longue, on a marché presque autant que la veille (19 kilomètres dit le téléphone de papa C). Les C prennent le métro, rentrent chez eux, et mangent les restes de la veille.




samedi 19 octobre 2019

Second jour - Reconnaissance

Les C se lèvent tôt, le décalage horaire y veille. Comme les courses n'ont pu être faites hier, le petit déjeuner est pris sur les réserves de maman C. Papa et les petites C déclinent poliment les rillettes de thon, et se rabattent sur les gâteaux, la grenadine et les sachets de thé, mais il est manifeste qu'une épicerie doit être trouvée d'urgence.

L'appartement des C dispose de tout le confort moderne, deux chambres, un lit à baldaquins, un salon en bow window, une cuisine suréquipée, une cheminée, des briques rouges et des portraits de Bob Marley aux murs. Il n'y manque que quelques détails, notamment des serviettes et des ustensiles de cuisine. Papa C contacte le propriétaire, qui arrive quelques instants plus tard avec le nécessaire. Teddy rouge et blanc, barbe, bonnet de laine noire avec un billet de banque cousu dessus, Maurice, très sympathique, leur indique la direction de l'épicerie la plus proche.

Vers huit heures, les C quittent la maison, et partent en reconnaissance. Au sud, on arrive dans un quartier juif. Nous sommes un samedi, le surlendemain de Sukkot, et ça se voit. L'épicerie indiquée par Maurice est trouvée, ainsi que la station de métro la plus proche. Les courses sont rapidement expédiées. Maman C prend du pain, de la confiture, du beurre, papa C du cheddar et du munster en cube et sans croute (si, si...) et de la root beer au gallon, les petites C des cookies, de la préparation pour mac and cheese et du docteur pepper.

Le frigo garni, les C partent à pied explorer le quartier. C'est joli, calme, mais pas cossu, et parfois carrément limite. Insensiblement, ils arrivent à Prospect park, où vient de se finir le semi-marathon de New York. Les coureurs sont munis d'une couverture de survie et d'une grosse médaille où est écrit "finisher", ce qui donne une drôle d'impression, entre film catastrophe et école des fans. Continuant dans Brooklyn, on voit le musée (qu'il est prévu de visiter un jour de semaine et de mauvais temps), puis Grand Army Plaza, où l'on voit un arc de triomphe, des statues de bronze et des jets d'eau.


Il fait beau, la coin est très agréable, mais il faut repartir. Les C ont rendez vous avec la grande C, dont c'est aujourd'hui l'anniversaire, dans East Village. Ils descendent dans une station de métro, pour acheter l'équivalent local du passe Navigo. Ils interrogent une employée du chemin de fer, qui les redirige vers une machine, mais les escorte, avant de leur dire que la carte de papa C ne fonctionnera pas, parce que les C n'ont pas de zip-code. Papa C en a vu d'autre, il tape sans mollir son code postal français, que l'automate New Yorkais reconnait. L'employée est médusée. Cette bonne fortune ne dure pas longtemps. Il apparait rapidement qu'on ne peut acheter plus de deux passes avec une même carte bancaire. L'employée du chemin de fer, comprenant que papa C pourrait prétexter cette occasion pour abandonner ses filles, leur propose de faire passer gratuitement les petites C, et de réessayer d'une autre station, dans quelques heures.

Les C arrivent à Manhattan, et se retrouvent au début de St Mark, décrite par le guide de maman C comme "'la rue la plus cool des Etats Unis". Il y a des coiffeurs, des tatoueurs, des bars et des restaurants devant lesquels les gens font la queue. Coolissime, se dit papa C, qui ne partage pas les mêmes valeurs. On retrouve la grande C, et mange dans un restaurant italien assez bruyant (c'est une caractéristique américaine, tout le monde crie à table).

Puis, la tribu au complet va visiter New York. On passe d'abord par Washington Square, où se produit une chorale au son approximatif et à la justesse problématique, et un groupe de rama-krishnas très rock, comparés à ceux qu'on peut voir à Paris. Ils descendent ensuite dans Soho et Tribeca, et aboutissent au World Trade Center. Beaucoup de choses se sont construites depuis leur dernier voyage, mais le lieu est toujours aussi impressionnant.



Sur le chemin du retour, les C s'arrêtent dans une boutique, où l'on voit du brie. Notez au sommet de la photo le Brie de marque Tour Eiffel, et en dessous le brie à tartiner.



Il se fait tard en France, le podomètre de la petite C annonce 27 000 pas (25 selon papa C), et près de vingt kilomètres, une bouche de métro leur tend les bras. A l'intérieur, le distributeur refuse toujours de leur vendre des passes Navigo, et comme on n'abandonnera décidément pas les petites C aujourd'hui, la carte bleue de maman C est mise à contribution. Les C arrivent à Brooklyn, achètent à l'épicerie une pizza king size et des soupes Campbell, rentrent, mangent et s'effondrent vers neuf heures. C'était une bonne seconde journée.






vendredi 18 octobre 2019

Premier jour - Stress test

Sept heures du matin, l'aube ne rosit pas encore les ardoises de Château C mais nos héros sont à pied d'oeuvre. Ils décollent à 14 heures, plus tard que les années précédentes, ce qui doit leur permettre d'éviter la cohue du matin. Maman C a tout calculé. Pour décoller à 14h, il faut être à 12h à l'aéroport, en prenant une marge, cela fait 11h45. Pour 11h45 à l'aéroport,  il faut être à 11h à Gare de Lyon, en prenant une marge... Et de proche en proche, on aboutit à un départ vers 9h10. Les billets de train sont pris, tout est paré.

Il est sept heures trente quand les premières difficultés apparaissent. Des cheminots ont organisé une grève surprise. Maman C apprend à la radio que "les interconnexions gare de Lyon gare du Nord ne sont pas assurées". Qu'à cela ne tienne, dit papa C, les C prendront le métro. Les médias ne sont, hélas, pas aussi optimistes. Vers huit heures, il apparait que le train de banlieue qui devait assurer la liaison Château-C Paris est également concerné. Le taxi semble désormais la seule alternative, mais les C ne sont apparemment pas les premiers à y penser. Pendant une demi-heure, tous les conducteurs joint s'avèrent indisponibles, papa C enrage, et envisage sérieusement de résilier son abonnement à La Vie du Rail.

Vers 8h30, un chauffeur est enfin trouvé, qui arrive à dix heures. S'ensuit un long périple, avec des bouchons, des banlieues, des rocades et des raccourcis qui font perdre du temps. Mais un peu avant midi, à l'heure prévue par maman C, l'aérogare 2 E est en vue, les C enregistrent leur bagage, passent les contrôles de police. Ils ont terrassé les grévistes, et partent en Amérique.

Papa C a immortalisé cet instant jubilatoire.



Le destin contraire se manifeste à nouveau au contrôle des bagages, où les rillettes de thon contenues dans le sac de maman C inquiètent la maréchaussée. Quelques brèves explications règlent l'incident,  maman C garde ses rillettes. Plusieurs voyages en Amérique n'ont pas convaincu maman C de l'inutilité d'y emmener sa nourriture. Pour ce voyage, elle a pourvu les C de barres chocolatées, de divers gâteaux et cakes, de grenadine, de pain tranché sans gluten, de sachets de thé, et de quatre boîtes de rillettes de thon.

Les douaniers vaincus, les C embarquent, se serrent dans leurs sièges XXS, tentent de faire fonctionner les écrans tactiles antédiluviens et les dossiers démantibulés, se prennent à rêver du confort des trains de banlieue. Bref, ils subissent l'étape "transport aérien" du voyage, plus tendance cargo que paquebot.

Huit longues heures plus tard, l'Airbus 380 se pose avec toute la grâce dont ce genre d'engin est capable. Les C sont à l'heure à New York, mais l'appareil reste immobilisé sur la piste, apparemment, sa place est prise par un autre avion, dont il faut attendre le départ. Les héros sont fatigués, maman C en a marre, les petites C ont mal aux pieds, Papa C tente de les rassurer: avec l'ESTA, le contrôle de l'immigration est rapide, et Brooklyn, où ils vont dormir, n'est qu'à quelques miles de l'aéroport, que l'on fera en taxi. C'est bientôt fini, dit-il.

Evidemment, si c'était le cas, cet article ne serait pas intitulé "stress test". Lors de l'immigration, l'ESTA de l'aînée des petites C s'avère problématique. Au lieu de passer rapidement devant le fonctionnaire qui leur pose les deux questions traditionnelles (pourquoi venez vous et jusqu'
à quand) avant de les laisser passer, les C sont redirigés sur la file des problématiques, où un unique policier questionne, pointille, tâtillonne. C'est long, maman C se décompose, papa C s'inquiète. Leur tour arrive enfin, cela va assez vite, empreinte digitales, photos, quelques questions (en particulier, amenez vous de la nourriture? seulement des gâteaux dit papa C, en se disant que sur un malentendu, les rillettes de thon...) On les libère enfin, ils prennent leurs bagages et trouvent facilement un taxi, à qui ils donnent leur adresse à Brooklyn.

 Le chauffeur tape l'adresse sur son téléphone, qui annonce une arrivée dans 52 minutes (pour 11 miles). Effectivement, après quelques miles de roulage, le temps de sortir de l'aéroport, le taxi est coincé dans un gigantesque bouchon, qui permet de découvrir Queens au tomber du jour. A l'avant, papa C bavarde avec le chauffeur, en regardant le téléphone dont la prévision de durée s'allonge de minute en minute. A l'arrière, maman C est malade, sous l'effet conjugué des sauts de puce que fait la voiture, et du paysage extérieur, de plus en plus sordide. On quitte Queens, entre dans Brooklyn, c'est toujours aussi glauque mais ça roule un peu mieux. L'inquiétude monte, on leur a dit que Brooklyn se gentrifiait, ce n'ait apparemment pas vrai partout, où vont ils arriver?

Le taxi arrive enfin, et les dépose au fond d'une impasse sombre. Les C trouvent la maison, sonnent...  Il essaient l'interphone... Papa C tente d'appeler le propriétaire... Pas de réponse, nos héros sont seuls, la nuit tombée, au sommet d'un escalier, devant une porte en fer, ils sont fatigués, ils en ont assez, ils regrettent presque la grève de ce matin, en fait.

Seconde tentative téléphonique, papa C joint le propriétaire. Il n'est pas là, mais son frère va venir ouvrir. Ils attendent, cinq, dix minutes, et finalement la porte métallique s'ouvre, une bouffée d'odeur de cannabis en sort, et un jeune homme en peignoir éponge apparait. Il leur tend un trousseau de clefs, leur montre un escalier, et disparait au rez de chaussée. Les C montent deux étages, toujours aussi odorants, et trouvent, vers sept heures, leur appartement spacieux, et décoré de portraits de Bob Marley. Pas de doute, ils sont dans le quartier jamaïcain.



A ce stade, il était prévu de sortir faire des courses et dîner dans le quartier. Cette résolution incongrue n'est même pas mise aux voix. Maman C déballe ses rillettes, nos héros grignotent, maman et les petites C vont se coucher, il est vingt heures.

Comme il est deux heures du matin à Paris, papa C se dit que c'est l'heure idéale pour travailler à distance avec un de ses collègues. C'est pour lui le stress test de trop, il s'effondre au milieu d'une conversation sur l'hypersimplification. Il est neuf heures, les C dorment...

jeudi 17 octobre 2019

Préambule : countdown

Quatre années ont passé. Les C, qui ne voyageaient jamais, sont allés trois fois en Amérique, Papa C travaille pour des Américains qui l'envoient régulièrement à New York, ce qui lui permet de réapprovisionner Château-C en produits de première nécessité: relish, yellow mustard, hoodies NYU et Doliprane par paquets de 200. Maman C a lu les 2 Roth (Philip et Henry), et regarde Desperate Housewives le samedi soir. Les petites C ponctuent leurs "en vrai", "en mode" et "genre" de "oh my God". Imperceptiblement, les C s'américanisent. Ils repartiraient bien, mais comme le tourisme est devenu écologiquement incorrect (how dare you!), une bonne excuse, scolaire, professionnelle ou familiale, est désormais nécessaire...

Elle est opportunément fournie par la grande C, l'aînée des filles de papa C.

J-200: "Papa, je suis prise à New York! Sursum corda!" Ainsi parle la grande C, un après midi d'Avril. Elle vient d'être embauchée comme professeur de latin par un lycée français de New York (et sa conversation s'en ressent).
"Ta zoa trekei, ma chérie!" répond papa C, dont les humanités sont un peu approximatives.

J-195: "Bon, donc on va à New York aux vacances de Toussaint, hein?" Les petites C ont la tête près du bonnet. "Et on fera la circle line qu'on a ratée la dernière fois". Maman C a des objectifs. "On verra" dit papa C, que ce genre de planification effraie toujours un peu.

C'est ainsi, chez les C, que se prennent les grandes résolution. La table de chevet de maman C se couvre de guides touristiques, un plan du métro avec des post-it indiquant les objectifs à atteindre, est accroché au mur de la grand-salle de château C. Papa C comprend vite que c'est tout vu.

J-45: - Bon, ce week end on réserve New York, annonce papa C au dîner.
- Les passeports sont toujours bons? demande la petite C
Papa et maman C pouffent, bien sûr qu'ils sont bons, on les a fait en 2015, on est en 2019, et... les passeports des petites C durent cinq ans, et... il faut six mois de validité au moment du départ, et... zut!

J-44: "Haut les coeurs!" dit maman C (qui n'a pas fait latin au collège), nous aurons les passeports dans trois semaines. Comme les précédents, ce second voyage des C à New York débutera dans l'urgence et l'impréparation coutumière.

J-12: "Les passeports sont arrivés!" annonce maman C. Il est convenu que papa C reviendra ce soir, pour réserver logement et avion. Sur le coup de minuit un logement à Brooklyn est trouvé, les C sont acceptés par le propriétaire, la réservation est faite, il ne reste plus qu'à prendre les billets d'avion. Ce que la banque de papa C refuse tout net.

J-11: Interrogé, le banquier de papa C s'explique. Hier, à minuit, papa C a payé presque en même temps une location à New York et un logiciel de mathématiques (tous deux fort chers). C'était louche. Alors, quand dix minutes plus tard, des billets d'avion ont été réservés, le vaillant banquier (ou plutôt, son "intelligence artificielle") n'a pas molli et a bloqué la carte de paiement de papa C. Tout rentrera dans l'ordre d'ici quelques heures, pense-t-il.

J-10: La carte refonctionne, les billets sont pris, le second voyage des C aura bien lieu.

J-5: "Pour les ESTA, c'est bon?" demande timidement maman C. Papa C pouffe. Bien sûr qu'ils sont bons, ils ont été faits il y a moins de 2 ans, lors de leur dernier voyage, et un ESTA est valable deux ans. Papa C vérifie, met à jour les destinations... et découvre avec horreur que comme les petites C ont changé de passeport, il faut leur refaire des ESTA. La procédure est rapide, les formulaires sont remplis, les 28 dollars payés, et... "pending", l'approbation est en attente.

J-4: L'ESTA  des petites C est "approved".

J-1: Les valises sont faites, les animaux domestiques confiés, on part demain matin, par le beau train de 9h36, pour Paris, puis Roissy, puis New York, puis Brooklyn. L'aînée des petites C fait une scène parce que papa C lui confisque son téléphone (vu que demain la journée sera longue). Tout va bien.

Il flotte sur château C un parfum d'aventure.


lundi 26 février 2018

Neuvième jour - Neige et cailloux

Avant de commencer ce voyage, papa et maman C s'étaient entendu sur un mode opératoire. Désormais, on conduisait le matin, pour épargner à maman C les longs trajets le soir, parfois de nuit, pour rallier l'étape du lendemain. Jusqu'ici, ce programme a été peu respecté.

"Ca ne peut plus durer" a dit hier soir papa C (c'est chez lui un tic de langage), "demain matin nous allons à Bryce Canyon, et demain soir nous y  dormons!".

En fait, il se trouve que le grand hôtel à la sortie du parc fait en cette saison des promotions que les petites C, si elles n'avaient pas l'excellente éducation dispensée par maman C, n'hésiteraient pas à qualifier de "graves de ouf". Bryce est une destination très courue, l'hôtel est immense, et en cette saison à peu près vide. Le respect du programme, chez papa C, coïncide donc avec celui de son portefeuille.

Quoi qu'il en soit, après un solide petit déjeuner, nos héros embarquent dans leur Nissan formerly noire, dont le côté conducteur arbore désormais de belles éclaboussures de neige salée, et le côté passager un mélange de poussière rouge de trois états et six parcs et monuments nationaux, quittent leur hôtel et se retrouvent sur l'autoroute qui le jouxte. Quelques kilomètres plus loin, ils abandonnent l'autoroute pour une route de montagne. Richfield est dans la vallée, Bryce culmine à plus de 2 800 mètres, ça va grimper.

Maman C, désormais rompue à la conduite en montagne et par tout temps, expédie aisément les 120 miles, et en fin de matinée, les C atterrissent à Bryce, sous le soleil et la neige.



La suite des opération se déroule selon une mécanique désormais parfaitement huilée:
- les C se garent
- ils cherchent les toilettes
- puis le visitor center
- maman C va faire des emplettes (depuis qu'elles est revenue, aux Arches, après la fermeture, cette étape indispensable a lieu avant toute tentative de visite)
- Papa C va voir les rangers pour avoir une carte, et la liste des promenades à faire
- les C recherchent un lieu pour pique niquer

Comme Chelly, Bryce est un parc où l'on arrive au sommet, et où les promenades consistent à descendre dans le canyon. Celle recommandée par les rangers étant un peu longue, les C décident de déjeuner d'abord, près du point de départ de leur randonnée. Sous le soleil du matin, et avec la neige, la vue y est superbe.


Le déjeuner expédié, ils descendent dans le canyon, sur un chemin enneigé. Le paysage est un mélange de montagne


et de désert


Certains rochers ont des noms, les C voient notamment la reine Victoria :


Puis, la descente se poursuit, dans un petit vallon, bordé de pin, sur la neige, il ne manque que des traces de ski de fond. Au bout du chemin, les C poussent jusqu'au sentier où l'on remonte en été, au fond d'une étroite gorge. Celle ci est fermée en hiver, pour cause de glace et de chutes de pierres.


Puis les C remontent par un raidillon enneigé, et comprennent pourquoi les rangers leur ont conseillé de faire le parcours dans ce sens.

Revenus au plafond des vaches, les C contemplent le paysage, puis reprennent la voiture pour aller voir les autres points de vue du parc.


Retour au point de départ au coucher du soleil, quelques photos encore.

 

Les C sortent du parc, et trouvent leur hôtel, gros machin touristique, avec une cheminée dans l'entrée, au dessus de laquelle trône une tête de caribou. En cette saison, c'est un peu désert, et donc pas très chaleureux, mais c'est bien situé, et ils sont fatigués.


dimanche 25 février 2018

Huitième jour - Les C chez les gobelins

Green River, charmante localité de 500 habitants, est au milieu d'un désert, mais au croisement d'une rivière et d'une autoroute. On y trouve donc une sortie d'autoroute, une rue principale, un temple mormon, des motels, des restaurants et des stations services.


Quelques centaines de mètres plus loin, on sort la ville, et ça devient nettement moins hospitalier.


En suivant l'autoroute, on pourrait atteindre des vallées plus basses, moins arides et habitées, mais ce programme "chinois en autocar" ne saurait contenter les C qui, après le froid, la neige, les déserts, et les villes sans restaurant, se la jouent explorateurs. Ils prennent donc la première route au sud, qui traverse le désert de San Rafael, une des régions les plus désertes du Sud de l'Utah (qui ne brille déjà pas par la densité de sa population).

De vert, le paysage devient jaune, de plus en plus sec, parfaitement désert. En Arizona, on apercevait des campements indiens de temps en temps. Ici, il n'y a rien, ni personne.


Soudain, au milieu du désert apparait une butte, isolée, c'est l'entrée du parc de la vallée des gobelins, le premier objectif de la journée.


L'endroit est parfaitement désert, à la belle saison on peut y camper et dormir dans des yourtes, vu la distance de la civilisation, ça ne doit jamais être bondé. Dans une vallée, un peu plus loin, l'érosion, en creusant le sable, a dégagé des rochers et le sable qui les supporte, en créant d'étranges statues, le fameux "gobelins".


On voit des gobelins trapus ou allongés, seuls ou en groupe, parfois enneigés, le spectacle est assez étonnant, et s'étend sur plusieurs vallées, qui remontent du désert vers des montagnes plus importantes.


Les gobelins vus, les C repartent, à travers le désert, traversent des villes minuscules, et montent vers leur principale visite de la journée, le parc national de Capitol Reef. Très étendu, il protège la chaine de montagnes qui coupe par le milieu le sud de l'Utah.

Pour atteindre le parc, la route suit de longs défilés de montagne, entre des falaises rouges, qui mènent à une vallée enclavée où se trouvait jusqu'au milieu du 20ème siècle la ville de Fruita. Là, une communauté mormon, coupée du monde, cultivait des fruits, et s'est maintenue pendant plus d'un siècle.

Les montagnes sont ici beaucoup plus rocheuses et escarpées que ce qu'on a vu par ailleurs. Pas de rivières ayant creusé le sable, ou de buttes s'élevant au milieu du désert, mais de grandes falaises rouges ou grises.


Les montagnes sont traversées de canyons étroits, au milieu desquels on peut randonner. C'est une ambiance western différente de celle des derniers jours, mais quand même une ambiance western...


Le parc, comme la vallée des gobelins, est à peu près désert, ce qui ne gâte rien. L'après-midi est consacré à la randonnée, en remontant des canyon jusqu'à des poches d'eau coincées dans les rochers, qui alimentaient la communauté mormon,  les voyageurs, et les bandits qui cherchaient refuge dans ces régions inhabitées (Butch Cassidy, notamment, le hors la loi régional) pendant la saison chaude.

Puis les C repartent pour la ville étape, Richfield. Elle se trouve sur l'autoroute que les C ont quittée ce matin, et aurait probablement été atteignable en deux ou trois heures de route depuis Green River, mais comme les C sont passé par la campagne, ils retraversent des défilés rocheux pour sortir du parc, puis montent sur un plateau très peu hospitalier (2500 m d'altitude, beaucoup de neige et des daims au bord de l'autoroute), redescendent dans un canyon, repassent un col de montagne, et finissent, à la nuit, sur une route vertigineuse qui descend dans la vallée.

A Richfield, comme partout, les supermarchés sont ouverts le dimanche, et c'est une bonne chose car à force de pique niquer (il n'y a pas de restaurant dans les parcs nationaux), les provisions des C commencent à baisser. Ils rejoignent leur hôtel, sur une sortie d'autoroute, mangent dans un dinner au milieu des routiers. Ainsi s'achève leur huitième journée.
 





samedi 24 février 2018

Septième jour - les C dans les canyons

Moab  est coincé entre deux parcs, les Arches, vus hier, et Canyonland, au confluent du Colorado et de la Green River. Elles ont creusé, dans les hauts plateaux sédimentaires, des canyons très profonds, et surtout "à étages": du sommet du plateau, un premier canyon, de 200 ou 300 mètres de profondeur, a été creusé, jusqu'à une couche plus solide, dans laquelle la rivière en a creusé un second.

Cela crée des paysages assez étonnants, avec des mesas (des montagnes au sommet plat, créées par l'érosion d'un plateau), posées sur un plateau, lui même creusé de canyons. Et les roches sédimentaires ajoutent des couleurs à l'ensemble, sur rouge brique, à l'orange et au blanc, en passant par le vert (uranium) ou le bleu (manganèse).

En cette saison, on voit aussi du vert dans la végétation et de la neige, ce qui ne gâche rien. Et comme le ciel est bleu aujourd'hui...

La première étape des Dead Horse Point, une mesa qui domine les méandres du Colorado, rendue célèbre notamment par la scène finale de Thelma et Louise. La partie la plus avancée de la mesa est presque séparée du reste, connectée par un isthme très étroit.


 La vue du sommet de la mesa, au loin les montagnes La Sal, vers le Colorado, en contrebas, les bassins d'évaporation des mines de potasse qui entourent Moab. Le plateau qu'on voit en bas n'est que la "première couche", le Colorado et la Green river y ont creusé des canyons supplémentaires.

Arrivés sur la mesa, les C font une petite randonnée dans la neige, au bord du canyon. Le mélange neige et paysage de western est assez séduisant.

Puis, on arrive à Dead Horse Point, d'où l'on voit, en contrebas, les méandres du Colorado, et au moins quatre "étages" d'érosion successives.


De Dead horse point, les C redescendent, puis remontent vers le parc de Canyonland, où se trouve "l'île dans le ciel", une énorme mesa au confluent du Colorado et de la rivière verte. Après un pique nique frais mais ensoleillé, ils parcourent une piste qui mène à un cratère, que l'on croit résulter d'un impact de météorite.


Puis, un second sentier les mène à un autre bord de la mesa, où l'on voit au loin le canyon créé par la Green river.


Le reste de la journée est passé à explorer les différents rebords de l'île dans le ciel, où se succèdent falaises rouges et buttes rocheuses.



Repus de paysages de western sous la neige, les C redescendent, et repartent vers le nord ouest, pour Green River, une petite ville au bord d'une rivière, au milieu d'un grand désert gris. L'endroit est célèbre pour ses melons (il y a de l'eau et de la chaleur). Ils dînent dans un restaurant rempli de touristes asiatiques (un car fait relâche à Green River), dorment dans un motel au milieu du désert. Et se préparent à l'étape du lendemain, la traversée du désert de San Rafael.