mercredi 23 octobre 2019

Sixième jour - Top to central

Nouveau jour de beau temps, les C ont prévu l'affaire, et réservé pour 9h25 au Top of the Rock, la terrasse au sommet du Rockefeller Center. Comme toujours, papa C a peur d'être en retard, ce qui les fait arriver en avance, mais le portier est compréhensif et les laisse monter avant l'heure prévue. Maman C (et tout particulièrement son estomac délicat) était très inquiète à la perspective de la montée en ascenseur. C'est en fait assez facile, en dehors des oreilles qui se bouchent, l'accélération est bien dosée. Au sommet, un employé leur dit "enjoy" pour la première fois de la journée.

Le sommet du Rockefeller Center est composé de trois terrasses successives. Sur la première, des panneaux de plastique découragent les candidats au suicide, il faut donc photographier entre, ce qui donne des scènes un peu cocasses de touristes faisant la queue devant une meurtrière, à coté d'un grand panneau transparent (ce qui compte, ce n'est pas la vue, mais la photo). Il faut très beau, la vue est excellente, et comme c'est une attraction américaine, on reste autant qu'on veut, et les C ne se privent pas. Comme la terrasse est pleine de touristes, le spectacle est aussi dans la salle, avec les séances photos et poses improbables.





En bas du Top, les C vont voir Times Square, et visitent l'étrange Ripley believe it or not museum, une successions de curiosités qui vont des statues de super héros en pneus, aux têtes réduites de Jivaros, en passant par des illusions d'optique et des tableaux de Darth Vader en touches de machines à écrire. C'est kitsch à souhait, avec la bonne dose de grand guignol et de mauvais goût, et comme le lieu ne figure pas sur les guides et qu'on est en semaine, c'est désert. (Ci dessous, et dans l'ordre, une oeuvre "steampunk" en allumettes, le masque mortuaire de Napoléon, un veau a deux têtes empaillé, une tête Jivaro, et Vador en machine à écrire).






Ils en sortent vers midi trente, et ces émotions leur ont donné faim. Ils trouvent l'Applebee de Time Square, étrangement calme après le bruit de la rue. C'est un peu cher, on est à Times Square, mais bon, et plus que plantureux. Après déjeuner, papa C rend visite à d'anciens collègues, pendant que maman et les petites shoppent. Cette répartition sexiste des rôles, où papa networke tandis que maman shoppe, semble satisfaire tout le monde. Plus tard, les C se retrouvent devant la Trump towers, où l'on voit des manifestants et un personnage déguisé en Donald (Trump, pas Duck) qui tente d'entrer et se fait refouler par la sécurité, pour le plus grand plaisir des touristes. Ils continuent vers Central Park, qu'il serait criminel de ne pas visiter par un aussi beau temps.


Lors de leur précédent voyage, les C, logés haut dans Upper West Side, avaient surtout vu le nord du parc. Ils visitent avec intérêt le sud, puis reprennent un métro et rentrent dîner à Brooklyn.

mardi 22 octobre 2019

Cinquième jour - Les C au bureau


Bien que les C soient en vacances, papa C travaille en contrebande. Le soir et le matin, il communique avec ses collègues parisiens, et ce matin, comme il ne fait pas beau, il a décidé de passer au bureau de New York, voir d'autres collègues. Comme le bureau est dans le quartier des magasins, et qu'il dispose d'une cantine et d'un rooftop, maman et les petites C sont rapidement convaincues: elles iront faire des courses, puis rejoindront papa C pour déjeuner.

Le départ est un peu plus tardif que d'habitude, mine de rien, les journées précédentes ont été fatigantes. Vers 10h, papa C abandonne sa famille devant le bureau, et monte causer mathématiques avec son ami L. La matinée se passe en réunions, puis vers midi trente, maman C signale qu'elle attend en bas de l'immeuble. Papa C descend, retrouve sa famille chargée de sacs de courses, l'enregistre, et monte au restaurant où ils retrouvent L. Les petites C se régalent, maman C avouera qu'elle regrette de ne s'être pas resservie une troisième fois, papa C parle de maths: tout va bien.

Après déjeuner, les C admirent la vue du toit du bureau, puis redescendent au marchand de glaces (toujours au bureau). A la surprise générale, les petites C refusent, et déclarent qu'elles n'ont plus faim. C'est du jamais vu. Papa C a une dernière réunion, le reste de la famille digère sur un canapé, puis redescend. Dehors il fait gris, le sommet des tours disparait dans les nuages, il pleut par moments. Les C remontent vers Times Square, puis vont au Rockefeller Center pour prendre leurs billets pour le sommet de la tour, le lendemain (où du beau temps est annoncé).




Puis rentrent, dînent et se couchent tôt. C'était une petite journée.

lundi 21 octobre 2019

Quatrième jour - En bateaux

Le climat d'automne New Yorkais semble une alternance de beau et de yeurk. Comme aujourd'hui c'est beau, et que les C ont mal aux pieds, il est décidé que la matinée sera passée assise. Les C partent tôt, font leur 40 minutes de métro réglementaires (Stand clEAr of the clOsing doors!), arrivent à Times Square puis marchent vers les quais de l'Hudson, au milieu d'une procession de touristes qui vont tous au même endroit. La circle line est un bateau mouche kingsize, qui fait en deux heures et demie le tour de Manhattan. Les C s'installent à l'extérieur, sur le pont, au soleil mais sous le vent.

Comme le bateau est assez plein, que les C sont assis du côté opposé à Manhattan et que les passagers se lèvent pour prendre des photos, celles-ci immortalisent surtout les autres passagers (sur fond de gratte ciel ou de pont). Papa C prend la photo contractuelle de la Statue de la Liberté, pendant que le guide, qui parlera 2h30 sans interruption, assomme le touriste sous une avalanche de détails techniques (de la section des poutrelles au prénom des petites Bartholdy, tout y passe).




Le trajet part de l'Husdon, vers midtown, et descend vers la stature pour remonter l'East river. Les ponts de Brooklyn passés, l'hystérie photographique se calme, et la visite devient plus intéressante, car on voit des lieux qu'on ne visite pas habituellement.



La visite terminé, les C accostent, débarquent,  n'achètent pas le montage photo souvenir, et se mettent en quête d'un restaurant. S'ils ont jusqu'ici fait un sans faute alimentaire, leur chance tourne ce midi. Le lieu avait l'air pourtant l'air raisonnable, bien situé, enseigne engageante, apparemment, spacieux. Mais sitôt installés, la caractère désert du lieu et une petite odeur d'huile tiède leur montrent qu'ils se sont fourvoyés. Il est trop tard pour fuir, le patron, sourire engageant mais pas commode, leur tend des menus. Les C commandent, la mort dans l'âme, un hamburger, des chicken wings, un roll, et autres landmarks de la gastronomie New Yorkaise. La saveur est à l'avenant, salée et grasse. Ce rapide déjeuner expédié, pour un budget défiant toute concurrence, les C repartent vers les quais où les attend leur prochaine visite.

Les plus assidus de nos lecteurs se souviendront qu'à Charleston, en 2017, la visite du Yorktown (CV-10) avait fait l'unanimité (assez inattendue). En 2018, il n'avait pas été possible de visiter un porte-avion, vu qu'on était dans l'Utah), mais ce n'était que partie remise. L'Intrepid (CV-11) étant à amarré à New York, la visite s'imposait. (Pour mémoire, le suivant sur la liste, CV-12, est le Hornet II, qui se trouve à Alameda, dans la baie de San Francisco).


Comme on est en semaine, et que l'Intrepid ne figure pas sur la liste des choses à voir à New York, il n'y a pas grand monde, ce qui est agréableLa partir visitable du porte-avions est moins importante que pour le Yorktown, mais on peut voir une belle collections d'avions (notamment un Avenger) et l'Enterprise, le prototype de la première navette spatiale. Et la vue des gratte ciel dans les hublots de la passerelle est fascinante.





Après le porte avion, on visite un sous marin, le Growler, spectaculaire par l'absence d'espace à bord. Puis les C rentrent vers Brooklyn, dinent dans un restaurant jamaicain (très épicé, très bruyant), et rentrent se coucher à neuf heures.





dimanche 20 octobre 2019

Troisième jour - Les touristes du dimanche

Six heures du matin, les C sont debout, et n'ont aucun mérite vu qu'ils se sont couchés à 9 heures. Ils vont essayer de conserver ce rythme. Les achats de la veille sont mis à contribution, les petites C mangent des cookies, maman C boit du thé et des tartines de confiture, papa C de la root beer et du cheddar. On est Dimanche, il y aura du monde en ville, et on annonce de la pluie l'après midi. Il est décidé de partir tôt le matin, et d'essayer la ligne de métro qui passe au nord de leur logement.

Le dimanche matin vers huit heures, les rues sont vides, et le quartier pas très engageant. On arrive à une rue décrite par Maurice comme sympa pour les restaurants, elle ne fait pas très envie. Puis on arrive au métro. Le service du dimanche est minimal, et les C attendent un quart d'heure l'express de Manhattan.

Le programme du matin est la Highline, la promenade qui traverse Chelsea en hauteur sur une ancienne voie de chemin de fer. C'est touristique, vaguement artistique, et on profite d'une belle vue sur les rues en contrebas, et l'intérieur des appartements qui la dominent. Comme on est dimanche matin, on peut apercevoir quelques New Yorkais en slip, qui regardent les touristes.

La promenade est plantée d'oeuvres d'art conceptuelles, et de lieux ou prendre des selfies avec des gratte ciel en arrière plan. Vers la fin du parcours, on voit une oeuvre de Daniel Buren (of column fame), intitulée "les guirlandes", et qui se compose... de petites guirlandes de couleurs vive, façon guinguette, sur quelques dizaines de mètres, avec un haut parleur qui diffuse de la musique classique grand public. Le mot escroquerie vient à l'esprit de papa C, mais il le chasse vite. C'est de l'art, il ne faut pas juger, et ça n'a pas de prix. La promenade s'achève à Hudson Yards, le nouveau quartier cher de New York: de grandes tours en verre, apparemment très coûteuses. Ca ne fait pas rêver, mais manifestement il y a une demande.


Après la highline, les C se rendent au pier 83 réserver leurs billets pour le tour de Manhattan en bateau le lendemain, car la météo prévoit du beau temps. Ils passent aussi devant l'Intrepid, le porte avion musée amarré à côté. Il est décidé qu'on le visitera également demain.

Il est midi, les C ont faim, et la pluie annoncée pour cet après midi ne devrait plus tarder. Les C s'engouffrent dans un restaurant 5 napkins pas encore plein, où l'on sert des hamburgers. C'est très bon, nourrissant, un peu cher, et ça repose leurs pieds après la highline. ils ressortent, voient Times Square sous une petit pluie, puis prennent le métro pour le Musée d'Histoire Naturelle.

Les C ne brillent pas par leur originalité:  comme on est Dimanche, et qu'ils pleut, de nombreux locaux ont eu la même idée. Une longue queue s'allonge devant les caisses du musée, nos héros patientent... en entrent enfin. Il voient une partie des salles d'anthropologie, mais surtout la collection de paléontologie, très impressionnante.


Là encore, ils ne sont pas seuls. Ils découvrent une tradition locale consistant à emmener de tous petits enfants (dès qu'ils savent marcher) dans les musées. Ils n'y comprennent évidemment pas grand chose, mais ils se rattrapent en criant, sous les regards enamourés de leurs parents, qui sont obligés de parler très fort pour couvrir les hurlements de leur progéniture. Bref, si le musée est intéressant, l'expérience est assez pénible, et les C sont soulagés d'en ressortir deux heures plus tard.   

 Comme le musée jouxte Central Park, maman C veut profiter de l'occasion pour retourner dans les magasins où elle allait lors de leur précédent voyage, et notamment le Home Goods de Columbus Avenue. Elle y achète des serviettes, des petites cuillers et des tasses d'une contenance plus convenable que celles que propose leur logeur. Comme on est dans un quartier branché, beaucoup d'étiquettes sont en français, apparemment, ça fait haut de gamme. Parfois, ça fait sourire, aussi...




On retrouve la grande C, qui n'habite pas très loin. Comme il pleut toujours, il est décidé d'aller prendre un café. Une fois de plus, d'autres y ont pensé avant, et les C se retrouvent au supermarché bio du coin, qui met à disposition quelques tables pour manger les plats cuisinés qu'il commercialise. Les C devisent au milieu des livreurs à vélo que la pluie a également chassé là.

La journée a été longue, on a marché presque autant que la veille (19 kilomètres dit le téléphone de papa C). Les C prennent le métro, rentrent chez eux, et mangent les restes de la veille.




samedi 19 octobre 2019

Second jour - Reconnaissance

Les C se lèvent tôt, le décalage horaire y veille. Comme les courses n'ont pu être faites hier, le petit déjeuner est pris sur les réserves de maman C. Papa et les petites C déclinent poliment les rillettes de thon, et se rabattent sur les gâteaux, la grenadine et les sachets de thé, mais il est manifeste qu'une épicerie doit être trouvée d'urgence.

L'appartement des C dispose de tout le confort moderne, deux chambres, un lit à baldaquins, un salon en bow window, une cuisine suréquipée, une cheminée, des briques rouges et des portraits de Bob Marley aux murs. Il n'y manque que quelques détails, notamment des serviettes et des ustensiles de cuisine. Papa C contacte le propriétaire, qui arrive quelques instants plus tard avec le nécessaire. Teddy rouge et blanc, barbe, bonnet de laine noire avec un billet de banque cousu dessus, Maurice, très sympathique, leur indique la direction de l'épicerie la plus proche.

Vers huit heures, les C quittent la maison, et partent en reconnaissance. Au sud, on arrive dans un quartier juif. Nous sommes un samedi, le surlendemain de Sukkot, et ça se voit. L'épicerie indiquée par Maurice est trouvée, ainsi que la station de métro la plus proche. Les courses sont rapidement expédiées. Maman C prend du pain, de la confiture, du beurre, papa C du cheddar et du munster en cube et sans croute (si, si...) et de la root beer au gallon, les petites C des cookies, de la préparation pour mac and cheese et du docteur pepper.

Le frigo garni, les C partent à pied explorer le quartier. C'est joli, calme, mais pas cossu, et parfois carrément limite. Insensiblement, ils arrivent à Prospect park, où vient de se finir le semi-marathon de New York. Les coureurs sont munis d'une couverture de survie et d'une grosse médaille où est écrit "finisher", ce qui donne une drôle d'impression, entre film catastrophe et école des fans. Continuant dans Brooklyn, on voit le musée (qu'il est prévu de visiter un jour de semaine et de mauvais temps), puis Grand Army Plaza, où l'on voit un arc de triomphe, des statues de bronze et des jets d'eau.


Il fait beau, la coin est très agréable, mais il faut repartir. Les C ont rendez vous avec la grande C, dont c'est aujourd'hui l'anniversaire, dans East Village. Ils descendent dans une station de métro, pour acheter l'équivalent local du passe Navigo. Ils interrogent une employée du chemin de fer, qui les redirige vers une machine, mais les escorte, avant de leur dire que la carte de papa C ne fonctionnera pas, parce que les C n'ont pas de zip-code. Papa C en a vu d'autre, il tape sans mollir son code postal français, que l'automate New Yorkais reconnait. L'employée est médusée. Cette bonne fortune ne dure pas longtemps. Il apparait rapidement qu'on ne peut acheter plus de deux passes avec une même carte bancaire. L'employée du chemin de fer, comprenant que papa C pourrait prétexter cette occasion pour abandonner ses filles, leur propose de faire passer gratuitement les petites C, et de réessayer d'une autre station, dans quelques heures.

Les C arrivent à Manhattan, et se retrouvent au début de St Mark, décrite par le guide de maman C comme "'la rue la plus cool des Etats Unis". Il y a des coiffeurs, des tatoueurs, des bars et des restaurants devant lesquels les gens font la queue. Coolissime, se dit papa C, qui ne partage pas les mêmes valeurs. On retrouve la grande C, et mange dans un restaurant italien assez bruyant (c'est une caractéristique américaine, tout le monde crie à table).

Puis, la tribu au complet va visiter New York. On passe d'abord par Washington Square, où se produit une chorale au son approximatif et à la justesse problématique, et un groupe de rama-krishnas très rock, comparés à ceux qu'on peut voir à Paris. Ils descendent ensuite dans Soho et Tribeca, et aboutissent au World Trade Center. Beaucoup de choses se sont construites depuis leur dernier voyage, mais le lieu est toujours aussi impressionnant.



Sur le chemin du retour, les C s'arrêtent dans une boutique, où l'on voit du brie. Notez au sommet de la photo le Brie de marque Tour Eiffel, et en dessous le brie à tartiner.



Il se fait tard en France, le podomètre de la petite C annonce 27 000 pas (25 selon papa C), et près de vingt kilomètres, une bouche de métro leur tend les bras. A l'intérieur, le distributeur refuse toujours de leur vendre des passes Navigo, et comme on n'abandonnera décidément pas les petites C aujourd'hui, la carte bleue de maman C est mise à contribution. Les C arrivent à Brooklyn, achètent à l'épicerie une pizza king size et des soupes Campbell, rentrent, mangent et s'effondrent vers neuf heures. C'était une bonne seconde journée.






vendredi 18 octobre 2019

Premier jour - Stress test

Sept heures du matin, l'aube ne rosit pas encore les ardoises de Château C mais nos héros sont à pied d'oeuvre. Ils décollent à 14 heures, plus tard que les années précédentes, ce qui doit leur permettre d'éviter la cohue du matin. Maman C a tout calculé. Pour décoller à 14h, il faut être à 12h à l'aéroport, en prenant une marge, cela fait 11h45. Pour 11h45 à l'aéroport,  il faut être à 11h à Gare de Lyon, en prenant une marge... Et de proche en proche, on aboutit à un départ vers 9h10. Les billets de train sont pris, tout est paré.

Il est sept heures trente quand les premières difficultés apparaissent. Des cheminots ont organisé une grève surprise. Maman C apprend à la radio que "les interconnexions gare de Lyon gare du Nord ne sont pas assurées". Qu'à cela ne tienne, dit papa C, les C prendront le métro. Les médias ne sont, hélas, pas aussi optimistes. Vers huit heures, il apparait que le train de banlieue qui devait assurer la liaison Château-C Paris est également concerné. Le taxi semble désormais la seule alternative, mais les C ne sont apparemment pas les premiers à y penser. Pendant une demi-heure, tous les conducteurs joint s'avèrent indisponibles, papa C enrage, et envisage sérieusement de résilier son abonnement à La Vie du Rail.

Vers 8h30, un chauffeur est enfin trouvé, qui arrive à dix heures. S'ensuit un long périple, avec des bouchons, des banlieues, des rocades et des raccourcis qui font perdre du temps. Mais un peu avant midi, à l'heure prévue par maman C, l'aérogare 2 E est en vue, les C enregistrent leur bagage, passent les contrôles de police. Ils ont terrassé les grévistes, et partent en Amérique.

Papa C a immortalisé cet instant jubilatoire.



Le destin contraire se manifeste à nouveau au contrôle des bagages, où les rillettes de thon contenues dans le sac de maman C inquiètent la maréchaussée. Quelques brèves explications règlent l'incident,  maman C garde ses rillettes. Plusieurs voyages en Amérique n'ont pas convaincu maman C de l'inutilité d'y emmener sa nourriture. Pour ce voyage, elle a pourvu les C de barres chocolatées, de divers gâteaux et cakes, de grenadine, de pain tranché sans gluten, de sachets de thé, et de quatre boîtes de rillettes de thon.

Les douaniers vaincus, les C embarquent, se serrent dans leurs sièges XXS, tentent de faire fonctionner les écrans tactiles antédiluviens et les dossiers démantibulés, se prennent à rêver du confort des trains de banlieue. Bref, ils subissent l'étape "transport aérien" du voyage, plus tendance cargo que paquebot.

Huit longues heures plus tard, l'Airbus 380 se pose avec toute la grâce dont ce genre d'engin est capable. Les C sont à l'heure à New York, mais l'appareil reste immobilisé sur la piste, apparemment, sa place est prise par un autre avion, dont il faut attendre le départ. Les héros sont fatigués, maman C en a marre, les petites C ont mal aux pieds, Papa C tente de les rassurer: avec l'ESTA, le contrôle de l'immigration est rapide, et Brooklyn, où ils vont dormir, n'est qu'à quelques miles de l'aéroport, que l'on fera en taxi. C'est bientôt fini, dit-il.

Evidemment, si c'était le cas, cet article ne serait pas intitulé "stress test". Lors de l'immigration, l'ESTA de l'aînée des petites C s'avère problématique. Au lieu de passer rapidement devant le fonctionnaire qui leur pose les deux questions traditionnelles (pourquoi venez vous et jusqu'
à quand) avant de les laisser passer, les C sont redirigés sur la file des problématiques, où un unique policier questionne, pointille, tâtillonne. C'est long, maman C se décompose, papa C s'inquiète. Leur tour arrive enfin, cela va assez vite, empreinte digitales, photos, quelques questions (en particulier, amenez vous de la nourriture? seulement des gâteaux dit papa C, en se disant que sur un malentendu, les rillettes de thon...) On les libère enfin, ils prennent leurs bagages et trouvent facilement un taxi, à qui ils donnent leur adresse à Brooklyn.

 Le chauffeur tape l'adresse sur son téléphone, qui annonce une arrivée dans 52 minutes (pour 11 miles). Effectivement, après quelques miles de roulage, le temps de sortir de l'aéroport, le taxi est coincé dans un gigantesque bouchon, qui permet de découvrir Queens au tomber du jour. A l'avant, papa C bavarde avec le chauffeur, en regardant le téléphone dont la prévision de durée s'allonge de minute en minute. A l'arrière, maman C est malade, sous l'effet conjugué des sauts de puce que fait la voiture, et du paysage extérieur, de plus en plus sordide. On quitte Queens, entre dans Brooklyn, c'est toujours aussi glauque mais ça roule un peu mieux. L'inquiétude monte, on leur a dit que Brooklyn se gentrifiait, ce n'ait apparemment pas vrai partout, où vont ils arriver?

Le taxi arrive enfin, et les dépose au fond d'une impasse sombre. Les C trouvent la maison, sonnent...  Il essaient l'interphone... Papa C tente d'appeler le propriétaire... Pas de réponse, nos héros sont seuls, la nuit tombée, au sommet d'un escalier, devant une porte en fer, ils sont fatigués, ils en ont assez, ils regrettent presque la grève de ce matin, en fait.

Seconde tentative téléphonique, papa C joint le propriétaire. Il n'est pas là, mais son frère va venir ouvrir. Ils attendent, cinq, dix minutes, et finalement la porte métallique s'ouvre, une bouffée d'odeur de cannabis en sort, et un jeune homme en peignoir éponge apparait. Il leur tend un trousseau de clefs, leur montre un escalier, et disparait au rez de chaussée. Les C montent deux étages, toujours aussi odorants, et trouvent, vers sept heures, leur appartement spacieux, et décoré de portraits de Bob Marley. Pas de doute, ils sont dans le quartier jamaïcain.



A ce stade, il était prévu de sortir faire des courses et dîner dans le quartier. Cette résolution incongrue n'est même pas mise aux voix. Maman C déballe ses rillettes, nos héros grignotent, maman et les petites C vont se coucher, il est vingt heures.

Comme il est deux heures du matin à Paris, papa C se dit que c'est l'heure idéale pour travailler à distance avec un de ses collègues. C'est pour lui le stress test de trop, il s'effondre au milieu d'une conversation sur l'hypersimplification. Il est neuf heures, les C dorment...

jeudi 17 octobre 2019

Préambule : countdown

Quatre années ont passé. Les C, qui ne voyageaient jamais, sont allés trois fois en Amérique, Papa C travaille pour des Américains qui l'envoient régulièrement à New York, ce qui lui permet de réapprovisionner Château-C en produits de première nécessité: relish, yellow mustard, hoodies NYU et Doliprane par paquets de 200. Maman C a lu les 2 Roth (Philip et Henry), et regarde Desperate Housewives le samedi soir. Les petites C ponctuent leurs "en vrai", "en mode" et "genre" de "oh my God". Imperceptiblement, les C s'américanisent. Ils repartiraient bien, mais comme le tourisme est devenu écologiquement incorrect (how dare you!), une bonne excuse, scolaire, professionnelle ou familiale, est désormais nécessaire...

Elle est opportunément fournie par la grande C, l'aînée des filles de papa C.

J-200: "Papa, je suis prise à New York! Sursum corda!" Ainsi parle la grande C, un après midi d'Avril. Elle vient d'être embauchée comme professeur de latin par un lycée français de New York (et sa conversation s'en ressent).
"Ta zoa trekei, ma chérie!" répond papa C, dont les humanités sont un peu approximatives.

J-195: "Bon, donc on va à New York aux vacances de Toussaint, hein?" Les petites C ont la tête près du bonnet. "Et on fera la circle line qu'on a ratée la dernière fois". Maman C a des objectifs. "On verra" dit papa C, que ce genre de planification effraie toujours un peu.

C'est ainsi, chez les C, que se prennent les grandes résolution. La table de chevet de maman C se couvre de guides touristiques, un plan du métro avec des post-it indiquant les objectifs à atteindre, est accroché au mur de la grand-salle de château C. Papa C comprend vite que c'est tout vu.

J-45: - Bon, ce week end on réserve New York, annonce papa C au dîner.
- Les passeports sont toujours bons? demande la petite C
Papa et maman C pouffent, bien sûr qu'ils sont bons, on les a fait en 2015, on est en 2019, et... les passeports des petites C durent cinq ans, et... il faut six mois de validité au moment du départ, et... zut!

J-44: "Haut les coeurs!" dit maman C (qui n'a pas fait latin au collège), nous aurons les passeports dans trois semaines. Comme les précédents, ce second voyage des C à New York débutera dans l'urgence et l'impréparation coutumière.

J-12: "Les passeports sont arrivés!" annonce maman C. Il est convenu que papa C reviendra ce soir, pour réserver logement et avion. Sur le coup de minuit un logement à Brooklyn est trouvé, les C sont acceptés par le propriétaire, la réservation est faite, il ne reste plus qu'à prendre les billets d'avion. Ce que la banque de papa C refuse tout net.

J-11: Interrogé, le banquier de papa C s'explique. Hier, à minuit, papa C a payé presque en même temps une location à New York et un logiciel de mathématiques (tous deux fort chers). C'était louche. Alors, quand dix minutes plus tard, des billets d'avion ont été réservés, le vaillant banquier (ou plutôt, son "intelligence artificielle") n'a pas molli et a bloqué la carte de paiement de papa C. Tout rentrera dans l'ordre d'ici quelques heures, pense-t-il.

J-10: La carte refonctionne, les billets sont pris, le second voyage des C aura bien lieu.

J-5: "Pour les ESTA, c'est bon?" demande timidement maman C. Papa C pouffe. Bien sûr qu'ils sont bons, ils ont été faits il y a moins de 2 ans, lors de leur dernier voyage, et un ESTA est valable deux ans. Papa C vérifie, met à jour les destinations... et découvre avec horreur que comme les petites C ont changé de passeport, il faut leur refaire des ESTA. La procédure est rapide, les formulaires sont remplis, les 28 dollars payés, et... "pending", l'approbation est en attente.

J-4: L'ESTA  des petites C est "approved".

J-1: Les valises sont faites, les animaux domestiques confiés, on part demain matin, par le beau train de 9h36, pour Paris, puis Roissy, puis New York, puis Brooklyn. L'aînée des petites C fait une scène parce que papa C lui confisque son téléphone (vu que demain la journée sera longue). Tout va bien.

Il flotte sur château C un parfum d'aventure.