dimanche 19 juillet 2015

Prologue - Le lourd secret des C.

Vus d'un peu loin, les C. avaient tout d'une famille modèle. Ils habitaient dans une petite ville une belle maison, avec un jardin où ils faisaient pousser des légumes. Ils possédaient une automobile respectueuse de l'environnement. Papa C. , ingénieur, travaillait à la ville, tandis que maman C. s'occupait de la maison, de leurs filles et du jardin, et faisait, à ses moments perdus des confitures et de la maçonnerie. C et M, leur filles, étudiaient chez les sœurs, travaillaient bien, et chacun, sauf leurs parents bien entendu, s'accordait à les trouver polies, obéissantes et bien élevées.

Pourtant, derrière cette façade souriante, les C. cachaient un lourd secret : ils ne voyageaient jamais!  Oh, Papa C avait bien bourlingué, il y a longtemps, et Maman C pris l'avion, dans sa jeunesse, mais depuis une dizaine d'années, ils ne partaient plus.

Et chaque année, à l'approche des vacances, quand les collègues de papa C. lui disaient: "alors, bientôt les vacances? Nous, cette année, on va en Indonésie, on avait plein de miles qu'il fallait utiliser. Et vous vous partez où?", il répondait : "on va peut être aller une semaine dans le Jura". Et en Septembre, quand on disait à maman C: "les petites sont un peu fatiguées, on rentre hier de Thaïlande, et vous, vous étiez où?", elle répondait : "elles viennent de passer quelques jours dans le Loiret".

Les C. ne partaient pas. Ils ne skiaient pas en Suisse ou en Autriche, leurs enfants ne faisaient pas de stage d'été en Irlande ou en Espagne. Ils n'avaient jamais été en Amérique du Sud ou en Afrique, ni même en week-end à Londres, Venise, Bruges ou Prague. L'été, il partaient une malheureuse semaine (en province !) Le reste des vacances, ils restaient chez eux. On murmurait même que leurs filles n'avaient jamais pris l'avion.

- Ca ne peut plus continuer ainsi, dit un soir papa C. en rentrant du travail. Nous sommes la risée du village. Cet été, nous partons.
- On va prendreuh l'avion-euh, on va prendreuh l'avion-euh, chantèrent les petites C.
- Pas trop loin quand même, répondit maman C qui n'aimait ni les aéroplanes, ni les longs trajets, et redoutait donc la combinaison des deux.

***

Il fut rapidement arrêté que tant qu'à partir, on verrait loin, et long, et grand, et qu'on irait un mois à New York (où un appartement était fort opportunément prêté), puis qu'on louerait une voiture pour  visiter la Nouvelle Angleterre. Des guides (du routard, verts) furent consultés, des buts établis (manger des pizzas, des homards et du chicken chow mein), des destinations rêvées (Bangor, Concord, Niagara), des passeports demandés, des billets achetés, des valises remplies.

Et nous y voila. Les C partent demain dès l'aube. Ca ne fera pas blanchir la campagne vu qu'on est l'été. Ca n'étonnera pas grand monde, vu que c'est les vacances et que tout le monde part, en général pour des destinations un peu plus exotiques que New York. Mais les C sont contents, il flotte ce soir sur château-C un parfum d'aventure.



3 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Alors ? Les C sont-ils pas C aux États-Unis ?

    Des bisous à tous,

    A C (pour le moment).

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